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Jet d’encre

« Black in the city » de Marie-Inaya Munza

vendredi 3 novembre 2017, par Doszen

"À l’aube de son trentième anniversaire, Amanda Parks, jeune femme bien de son temps, n’imaginait pas avoir à se poser cette question un jour. Heureuse en couple avec Hugo, choyée par des parents aimants, décidée à faire évoluer sa carrière dans une grande entreprise de communication, elle prend de plein fouet une immense déconvenue professionnelle. Et tout à coup le doute surgit : et si le problème venait du fait qu’elle est noire ?… Remettant en cause tous les fondements de sa vie qu’elle croyait jusque-là parfaitement équilibrée, Amanda ressent brusquement le besoin d’aller chercher les réponses à ses questions au cœur de ses racines, au Congo-Brazzaville. C’est là, au contact d’une famille qu’elle découvre et qui lui apprend à se connaître, qu’elle s’acceptera comme une « Afro-Parisienne » fière de son multiculturalisme. Aussi combative que son illustre homonyme, l’Américaine Rosa Parks, symbole de la lutte pour les droits civiques, Amanda renaîtra plus forte que jamais, empoignant à bras-le-corps son destin. "

Éditeur

Il est un genre qui fait, à ma grande déception, défaut en littérature africaine ; la littérature pour jeune adulte. Les mots de l’auteur camerounais Patrice Nganang sonnaient juste quand il disait "nous n’avons pas de "Harry Potter" en littérature africaine francophone", nous n’avons pas de J. K. Rowlings qui écrirait pour une cible bien précise qui est celle des adolescents et des jeunes adultes et ceci n’est pas neutre. En se privant d’une vraie politique vers ces jeunes lecteurs, nous nous privons d’un énorme vivier du futur lectorat, et c’est dommage.

En disant "il n’y en a pas", je ne suis pas totalement dans le vrai. Il y a de plus en plus de lectures qui, à mon sens, touchent, ou devraient toucher, ces jeunes lecteurs. Mais elles ne le font pas. De par la petite – et humble – expérience que j’ai de l’environnement littéraire africain, une grande part de ce manque de stratégie envers cette cible vient de l’espèce d’égo – pour être dur – ou de méconnaissance des enjeux, ou une non évaluation réelle de leur œuvre ; de la part des auteurs. Les auteurs – des Afriques francophones – semblent prendre comme un affront personnel le fait de leur dire "ce livre est plutôt destiné à un lectorat jeune". Ce qui devrait être un compliment est pris comme un rabaissement du talent de l’auteur. Ce constat je le tire de – déjà – cinq réactions malheureuses d’auteurs ou de leurs proches suiveurs. Ce ne sont que marginales expériences me direz-vous ; oui, j’espère réellement que les auteurs, mais aussi les éditeurs, arrêteront de tourner le dos à ces lecteurs.
Ceci dit.

Ce "Black in the city" de la jeune auteure Marie-Inaya Munza, dégoté sur les étagères de la très inspirante librairie "Lis Thés Ratures", est une de ces jolies trouvailles que je mettrais dans la section "littérature jeune adulte". Et je préciserai même "Littérature Afropéenne pour jeune adulte".
Ce court roman qui fleure bon le feel good reading à l’américaine est une de ces lectures qui parle au cœur du jeune lectorat aux origines d’ailleurs et dont les pieds sont ancrés en Europe. Cette lecture est dans la lignée du "Icône urbaine" de Lauren Ekué, lu il y a, déjà, presque une dizaine d’année.
Le récit, donc, campe un personnage féminin dont la mère, immigrée dès 1959 à l’âge de deux ans, est d’origine congolaise. La jeune dame qui en est le personnage principal, Amanda Parks (oui, les codes sont très, très tournés vers les US) est une espèce d’archétype du positivisme afropéen – africain d’Europe – féminin et c’est dit sans aucune once d’ironie.
Amanda a un homme presque parfait dans sa vie, très amoureux et génie de l’informatique. Elle travaille dans un organe de presse (pub ?) hyper branché, a une carrière qui décolle vers la stratosphère dans ce milieu fait de strass et paillettes, elle fait de la zumba – branchitude oblige – en sortie de boulot, est bloggueuse mode et tendance. Ais-je dis qu’elle était super jolie, fashionista et, évidemment, mère Thérésa en puissance car elle s’occupe des "enfants pauvres en Afrique". Et, il le fallait, le grain de sel dans la crémaillère ; sa cheffe donne à une étrangère une promotion qu’elle estimait lui revenir de droit de par son dévouement et son travail, et une amie (vraiment ?), dans une remarque aussi désinvolte que acide fait le lien entre ce rejet qu’elle ressent et le fait qu’elle soit noire.

S’ensuit alors une suite de remise en question, de colère contre le système occidental, de retour sur son africanité jusqu’ici – semble-t-il – négligé.

Il y a de nombreuses faiblesses à ce texte. Bien que l’écriture soit plutôt bien maitrisée, même si sans surprise, et l’entrée dans le récit facile et très accessible ; l’intrigue, elle, tiendrait sur l’épaisseur d’une feuille cellophane. Et, contrairement à "Icône urbaine" citée plus haut et qui s’inscrit dans le même registre, l’auteur de "Black in the city" n’a pas fait montre de la même créativité dans son écriture que Lauren Ekué, et même son univers, les atermoiements identitaires de Amanda Parks, sont moins denses, moins adultes.
Le pire c’est que le personnage donne en fait l’impression d’être une espèce d’hystérique. Le portrait que l’on lit d’Amanda Parks montre que c’est une petite main de la boite. Une bosseuse consciencieuse mais qui n’a jamais semblé dans les petits papiers de la direction. Amanda l’exprime elle-même ; elle n’a jamais été remarqué par la boss, ne a jamais parlé et, bien qu’en bon termes avec le N+1, sa N+2 n’a jamais remarqué son travail. Est-ce à cause de sa couleur ? Le lecteur que je suis ne le lit pas entre les lignes. Comment peut-ont alors estimer s’être fait blouser pour la promotion au poste de N+1 si la hiérarchie ne semble pas connaitre, ou estimer, son travail pendant des années ? Le personnage fait preuve d’une grande naïveté et d’une grande méconnaissance des réalités du monde du travail. La compétence, ou le travail bien fait, n’a jamais été une garantie de progression professionnelle. Que l’on soit noir ou blanc. Amanda démissionne avec éclat , convaincue d’avoir subi le racisme alors qu’elle n’a simplement pas compris que la promotion à un poste de haut manager est avant tout politique et relationnel . Du coup, sa croisade anti racisme semble fausse, pire, hystérique.

Bref, cette lecture s’est avérée tout de même plaisante de par sa légèreté et son penchant Barbara Cartland + Windeck (pour le glamour) mais parfois agaçante car souvent cliché et un propos sur l’identité pas assez poussé, réfléchi. Cela n’empêche que ce livre plaira à un certain lectorat jeune, plutôt urbain, aux parents issus d’ailleurs et dont les codes sont les mêmes. Un bon cadeau de noël.


« Black in the city »

Marie-Inaya Munza

Éditions La Bruyère

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