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Jet d’encre

« Errance » de Ibrahima Hane

lundi 20 février 2017, par Doszen

« A la suite d’une grave injustice dans une structure administrative, Seyni Sène ne trouve d’autre solution, pour apaiser sa rancœur, que de vandaliser les véhicules de fonction des ministres. Battu et laissé pour mort par la police, il est emprisonné dans une prison perdue en pleine forêt casamançaise. En butte à la férocité inhumaine des matons et à leurs déviations contre nature, il y vit l’enfer avant de s’évader. Son errance l’amène successivement dans la maison d’une politicienne sans scrupules, dans la cour d’un puissant chef religieux, et dans la recherche d’un amour perdu dans une région en guerre.
A travers le récit d’un jeune universitaire, c’est une excursion sans voile dans la vie intime de nos nouveaux dirigeants et dans la nébuleuse des confréries islamiques d’Afrique. Errance, c’est aussi l’image attachante de Rose ; c’est la rencontre d’un homme hors du commun, le calife Abdoul Kader Dème. »

Éditeur : United Press

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« Seyni, ce que je dis n’est en rien déraisonnable. Vivre de la religion, accepter de son vivant que l’on vous vénère comme un saint disparu n’est rien d’autre que de l’anthropolâtrie, ce qui est formellement interdit par la religion. Dieu, seul, mérite un tel hommage ! Pourtant, cette pratique est devenue la pierre angulaire où s’édifie la richesse des confréries. La cupidité, par le biais des sectes et de certains chefs religieux, est en train de dénaturer l’enseignement du dernier prophète de Dieu. C’est regrettable ! »

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Il y a des lectures qui désarçonnent... et ce "Errance" du sénégalais Ibrahima Hane en fait parti. De plus en plus de chroniques naissent dans la blogosphère sur ce livre, toutes plus dithyrambiques les unes des autres, et cela m’a fait dire, post-lecture, que peut-être, peut-être suis-je passé - un peu - à côté de ce roman-triptyque atypique.

Sur presque 400 pages, les 100 première sont à la fois prenantes et décevantes. Prenantes par l’écriture magnifique et par le potentiel histoire qui donne tellement d’espoir pour ensuite s’essouffler. Ce premier passage en mode "Prison break", par exemple, aurait gagné à être mieux travaillé, à être plus cohérent. Le personnage, Seyni Sène, est jeté dans une sombre prison pour une raison qui se perd un peu dans la narration car ce n’est pas le plus important. L’important c’est la narration de ce passage en prison, sa relation avec les co-détenus, avec le chef de prison et surtout avec LA femme, l’infirmière qui a le cœur tendre.
Cependant, dans cette première partie, trop de personnages sont jetés sur les pages sans aller dans leurs tréfonds, trop de potentiels fils narratifs laissés pour compte. Rageant. L’auteur montre des qualités d’écriture qui ne sont pas totalement portées de par la faiblesse du romancier.

Seyni Sène s’échappe. Je passerai sur cette évasion car elle manque terriblement de cohérence, de logique. Pourquoi cette dame se mettrait en danger pour ce parfait inconnu ? ... bref, je n’ai pas accroché.

La seconde partie du livre, donc, cette sorte de "wargame politique" est, je trouve, trop inégale en matière d’intérêt. J’ai eu du mal à accrocher tout du long, sauf ce moment où la dame Tabara Fall, politique caricaturale aux dents longues, convoite la tête du Parlement, et comment le pouvoir religieux (et l’infâme Amadou Kane) ont sa peau. C’est très bien raconté. Le reste manque trop de dynamisme. Mais l’écriture est vraiment belle. On dirait même qu’elle s’améliore au fil du livre. Le souci c’est l’intérêt général de l’histoire et le côté un peu incohérent du parcourt et de la psychologie de Seyni.

Les 200 pages (presque) en mode "House of Cards" à la sénégalaise. Faible. J’ai eu un mal fou à accrocher, j’ai dû me faire violence. C’est pas crédible, les évolutions psychologiques, les personnages trop légers, l’intrigue chiante. Rien ne va. Sauf... Encore une fois, l’écriture qui sauve les meubles.

Puis vient ce dernier tiers du livre. La 3ème partie, dans le village de Baye, et le côté plutôt "Borgia" est, je trouve, la plus réussie. Là, l’histoire, le propos, la narration, l’écriture ; tout y est ! On se dit, mais, punaise, pourquoi avoir perdu autant de temps avec ce "ventre mou" avec Tabara Fall ? Cette 3ème partie est excellente et vaut le coup d’avoir tenu la lecture. Pour les lecteurs qui ne se seront pas lassés, c’est là un beau cadeau.

« La confrérie Baye véhicule une doctrine qui gêne toute intelligence lire. A l’instar de toutes les autres sectes, les Baye instaurent un islam qui efface la personnalité, prône l’obéissance sans réserve, et une fidélité absolue. Le disciple se soumet entièrement à la volonté du chef religieux, abandonnant son libre arbitre, sa fortune et va jusqu’au renoncement de ses prérogatives de père au sein de sa propre cellule familiale. Le marabout gère totalement sa vie. Je trouve cette forme d’assujettissement indécente, indigne d’une société civilisée. Je considère cet abandon de personnalité comme l’une des plus pernicieuses dans le répertoire des contraintes inventées par l’homme pour exploiter son semblable, parce que construit sur l’imposture, la malhonnêteté. »

Petit bémol ; après tant de densité, la fin passe de "Games of throne" à "Pretty Woman"... et c’est (un peu) dommage :-)

Le talent d’écriture est là, sans aucun doute. Peut-être que pondre un pavé de 372 pages, à son premier roman, n’était pas la meilleure des idées car il est de densité inégale. Au final, belle découverte, belle lecture. Je ne regrette pas le voyage !


« Errance »

Ibrahima HANE

United Press éditeur

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