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Jet d’encre

« Le Moabi cinéma » de Blick Bassy

mardi 14 février 2017, par Doszen

« Dites-moi, qui ? Répondez-moi, qui donc ? Qui a décidé qu’il fallait un visa pour aller d’un endroit à un autre ? Est-ce que Jules Verne ou Hergé ont dit ça ? De la Terre à la Terre, il n’y a pas besoin de visa. De la Terre à la Lune, il n’y a pas besoin de visa. Hein, mbenguiste, toi qui connais, dis-nous, qui...?
– Qui a fait quoi ? s’enquit le costumé tiré au moins à huit épingles.
– Qui est venu ici ramasser nos ancêtres pour les vendre et en faire des esclaves ? Qui... mais... qui lui a donné un visa pour entrer dans ce "condrè" ? Et qui l’a autorisé à y pourchasser nos héros ? Les Nyobè, Wandjié, Félix-Roland Moumié... Qui ? Vous allez dire que je radote. Allez dire ! Car ces gens dont je parle, ont-ils eu besoin d’un seul visa pour nous humilier et nous ruiner ? Ont-ils fait la queue pour prendre un laissez-passer, un sauf-conduit, un sauve-qui-peut ? Répondez-moi avant que je ne fasse un malheur. »

Le Moabi Cinéma - Blick Bassy

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L’auteur Camerounais Blick Bassy nous raconte une jeunesse camerounaise qui n’est pas la plus défavorisée. Mingri est d’une famille plutôt aisée, avec un père bigame, catho presque intégriste et commissaire de police. Le livre commence par le récit d’une jeunesse dans les quartiers périphériques, les quatre cent coups de jeunes aux personnalités bien tranchées et charismatiques, jusqu’à l’évènement qui va précipiter la narration. La découverte d’un arbre qui "diffuse des images de la vie en Europe" est l’occasion pour l’auteur de nous présenter une galerie de personnages plus ou moins haut en couleur et dont les désirs ne tournent qu’autour d’une chose : l’émigration en occident.

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« Comme il ne peut y avoir plusieurs crocodiles dans le même marigot, je crois qu’il a eut la sagesse d’attendre la mort du papy-sentinelle avant de rassembler ses affaires et nous rejoindre. »

Le Style de l’auteur ne montre, malheureusement, pas assez d’originalité dans la narration, même si l’écriture est truffée de camerounisme qui donne une certaine couleur. C’est le point fort de ce livre mais aussi son talon d’Achille car, une fois passés les premiers sourires, cette tropicalisation de la langue devient un peu agaçante. On est loin de la Maestria de Nganang dans "Un temps de chien".

L’engagement de Blick Bassy est manifeste à travers ce récit qu’il nous livre. Un engagement en direction de la jeunesse camerounaise. Le Moabi, cet arbre à images, est censé montré à ceux qui sont sur place, au Cameroun, que l’occident ne mérite pas les fantasmes, ni les vies, que l’Afrique lui accorde. Cependant, c’est qu’en même temps l’auteur dresse le portrait d’une jeunesse désœuvrée, sans aucune voie de sortie positive sur place. Comment empêcher alors les gens d’aller ailleurs, même en leur montrant la misère européenne, quand sur place, le portrait dressé est encore plus sombre que ce qu’ils voient à travers l’arbre magique

J’ai entendu l’auteur dans l’émission "Chez Gangoueus", sans aucun doute il a des choses à dire, un engagement. Et ce livre reflète cette envie de démystifier et démythifier l’occident pour ceux qui sont sur place. Mais, comme souvent, le lectorat de "Continent Noir" est déjà en occident, donc la cible n’est pas atteinte. C’est un engagement un peu facile.

Ce livre fait, cependant, passer un agréable moment de lecture, avec beaucoup de sourires et, parfois, des éclats de rire. A découvrir.


« Le Moabi cinéma »

Blick Bassy

Gallimard - Continent Noir

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