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Jet d’encre

Le Muzungu mangeur d’homme - des amoureux au Rwanda

Joseph Ndwaniyé

mardi 25 février 2014, par Doszen

Lies et Arno sont deux jeunes époux néerlandais, amoureux l’un de l’autre et qui n’ont depuis leur années universitaires qu’une seule obsession ; aider les autres et découvrir les pays du sud. Ils sont donc Jeunes, amoureux et remplis d’utopie quand ils débarquent au Rwanda. Lies, médecin de son état, a accepté un contrat d’un an à Kavumu, un petit village isolé à quatre heures de la grande ville. En entamant ce voyage, les deux tourtereaux ne s’imaginent pas à quel point leur vie va changer.

"Le Muzungu mangeur d’homme" de Joseph Ndwaniyé est un roman que l’on pourrait découper en trois grandes parties qui constituent, presque, des romans indépendants.
L’histoire se lève sur un focus sur la vie du couple. Le métier de Lies qui l’accapare pendant qu’Arno, venu en soutien de sa femme, se morfond de plus en plus dans son oisiveté. On sent la tension qui monte peu à peu entre eux. On les voit s’éloigner, se détacher l’un de l’autre et, évidemment, se rapprocher d’autres personnes.
Ensuite il y a comme un choix de l’auteur de se concentrer sur Arno et de délaisser Lies. Arno qui, profitant de sa relative liberté d’homme apparemment entretenu – puisque l’auteur ne fait jamais mention de l’aspect financier on peut supposer que c’est madame, la seule qui travail, qui tient les bourses du foyer. Digression qui a son importance pour la suite des aventures d’Arno –, Arno donc explore son nouvel environnement, commence à apprendre le Kinyarwanda et se lie d’amitié avec Ntaré, le chef d’un petit village des collines.
Les pérégrinations d’Arno vont constituer le quasi tiers du livre. Son espèce de pèlerinage initiatique vers le lac Kivu, sa vie avec un peuple de pécheur jusqu’à sa rencontre avec Bwana Funda Haïdi, le muzungu ermite de l’île maudite.
Mais je ne déflorerai pas plus le roman.

Si l’histoire est relativement prenante, son côté décousu – les personnages sous exploités de Delphine et Baptiste notamment –, le déséquilibre dans l’utilisation des principaux protagonistes – Lies semble n’être plus qu’un faire-valoir dans le dernier tiers du livre – et surtout le sentiment d’irréalité de la dernière partie laisse sur notre faim.
La rencontre avec le mystérieux Bwana funda Haïdi nous intrigue et le destin de cet homme nous donne envie de finir le livre. Mais on ne peut se délester du sentiment que le réalisme de la première partie du livre, qui nous promettait une histoire sur l’évolution d’un couple une fois sortie de son environnement habituel tranche avec ce dernier tiers. On ne peut s’empêcher de se demander quel est le lien entre la seconde partie du livre qui nous parlait de la rencontre d’un homme avec une culture qu’il embrasse et qui l’accepte, et cette rencontre sur l’île maudite. Bien que les trois phases du livre, pris séparément, soient très intéressantes et prenantes comme je l’ai dit plus haut.

Ce qui ne peut être tue cependant c’est l’écriture. Hyper scolaire. Phrases courtes, une idée par phrase, sujet-verbe-complément. On a parfois l’impression d’un court de français de lycée tellement l’écriture manque d’imagination. Pour une histoire au potentiel si riche on aurait voulu un style autrement plus riche, plus entrainant, fait de digressions qui nous auraient permis de mieux entrer dans la tête des personnages, de plus s’attacher à eux. L’écriture n’est pas nulle, non, je ne me permettrai pas, mais elle est plate et manque de vie pour une histoire, justement, remplie d’humanité. Dommage.

Bien que mon propos si haut puisse sembler mitigé, "Le muzungu mangeur d’homme" de Joseph Ndwaniyé vaut vraiment le détour de la lecture. Pour ce qu’il vous apprend de la culture de ce peuple de Kavumu, de ce qu’il vous montre du rapport des migrants occidentaux que sont Lies – focalisée sur son objectif d’aide au population mais passant à côté d’un rapport vrai avec ceux qu’elle soigne – et Arno qui vit l’aventure de la rencontre d’avec l’autre jusqu’au bout. C’est un roman qui mérite d’être lu et qui – avec les bémols intégrés – fera passer quelques bonnes heures de lecture.


"Le muzungu mangeur d’homme"

Joseph Ndwaniyé

Les éditions ADEN, Octobre 2012

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