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Jet d’encre

« Nouvel an chinois » de Koffi Kwahulé

lundi 8 mai 2017, par Doszen

« On ne sait jamais trop quand défilera le carnaval chinois dans le quartier de Saint-Ambroise. C’est en tout cas l’hiver, un jour de janvier ou février. Un jour comme tous les autres pour Ézéchiel qui, depuis la mort de son père, occupe les longues journées qu’il ne passe plus au lycée en fantasmes flamboyants et débridés. Ézéchiel qui, de questions sans réponses en désirs sans fond, s’épuise à comprendre un monde qui se dérobe. Tandis que l’insaisissable Melsa Coën prend peu à peu, dans ses rêveries, la place d’une mère absente à tous comme à elle-même. Seule sa sœur maintient le lien comme elle peut, continuant pour Ézéchiel le récit de sa vie au loin, perchée « dans une cabane dans les arbres ».
C’est pourtant ce jour-là, au son des gongs et des cymbales, que choisit le funeste Demontfaucon, alias Nosferatu, pour revenir prêcher sa haine… » - Éditeur

Quelle entame, quel début !!

Ce livre débute comme une gifle, un revers à deux mains façon Nadal. L’écriture claque, la narration rythmée en syncopée façon poète un peu azimuté prends le lecteur dès les premières pages. Koffi KWAHULE nous livre son "Nouvel an chinois" par un démarrage en trombe.
J’adore le style, je surkife cette poésie qui suggère et dit tout. Je suis pris, absorbé dans la narration. Et la violence du début... mama mia !! Et c’est le cas de le dire.

Dès les premières pages j’ai aussitôt pensé à Sami Tchak, une filiation confirmée par l’auteur lui-même, au détour d’une phrase clin d’œil.Que ceux qui n’ont pas encore trainé leurs guêtres dans les pages de "Place des fêtes" ou "Filles de Mexico" du sieur TCHAK aillent se pendre. C’est sans doute ce que penserait Ézéchiel.

« Je ne comprends pas tout. (...) Ça parle d’identité... (...) C’est marrant, enfin je veux dire joyeux. Un peu compliqué parfois, mais ce n’est pas grave. Parce que le vrai sujet du roman, c’est la langue. Parler comme si on faisait l’amour. Ça doit être compliqué d’écrire aussi simplement. »

Le livre est un "ça passe ou ça casse" pour les lecteurs qui entreront, ou pas, dans la folie de l’auteur. L’histoire de ce gamin perdu, entre fantasme et réalité, toujours à la limite de l’entre-deux, avec cette apothéose de violence vous semblera alors d’une évidence époustouflante. Ou pas.

La puissance d’un livre qui met en scène un petit branleur, c’est le cas de le dire, à l’imaginaire digne d’un Freddy Kruger (seuls les vieux savent). Et c’est jouissif quand on a réussi à entrer dans ce jeu déroutant. Les malheurs de Ézéchiel, un père défunt qu’il a veillé jusqu’à l’orée de la mort, une mère qui perd la boule et une sœur qui gère son traumatisme en se choisissant un destin de hippie squateuse de ZAD. Le livre de Ézéchiel est sombre, et plombante, et encore plus plombée avec l’intrusion de Melsa, et son homme à la pâleur cadavérique.

Puis, cette fin. Cette fin. Fantasme, rêve, réalité. Le gamin a-t-il eu l’illumination, s’est-il changé en Hannibal Lecter. Koffi KWAHULE nous perd et cela me ravi. Ce livre est une superbe découverte. La découverte d’un vrai romancier-artiste qui ne se contente pas de vous raconter une histoire mais vous embringue dans son cerveau. Et le voyage peut être déroutant. Moi, j’ai aimé !

Mes amis de la librairie Charybde aussi semblent avoir adoubé ce livre : https://charybde2.wordpress.com/2015/04/29/note-de-lecture-nouvel-an-chinois-koffi-kwahule/
et chez Gangoueus également s’est penché sur ce livre.

Et nous avons eu l’occasion d’en discuter lors de la rencontre "Palabres autour des arts" du mois d’Avril 2017, à l’université Paris XIII

(Vidéo à venir...)


« Nouvel an chinois »

Koffi KWAHULE

Éditions Zulma

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