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Jet d’encre

« S’il braille, lâche-le... » de Chester Himes ;

mercredi 16 août 2017, par Doszen

« Éenie, meenie, minie, moe
Catch a nigger by the toe
If he holler let him go »

"S’il braille, lâche-le..." - Chester Himes

« Nous sommes une foutue race, je pensais, vraiment une race merveilleuse. Nigauds, généreux, sympathiques enfants de couillons. Nous nous attendrissons sur tout le monde sauf sur nous-mêmes. Plus les blancs nous bottent les fesses, plus nous les aimons »

“S’il braille, lâche-le ...”

Chester Himes

Chester Himes est un auteur qui se veut incontournable quand il s’agit de littérature américaine des années 40-60. Exilé en France, il y est plus connu pour ses romans policiers, mais sa popularité vient de sa façon d’écrire les rapports raciaux dans la société américaine.

Quatrième de couverture :

"Un livre précurseur sur la question noire aux États-Unis. Un nègre ne cesse de brailler, or il est jeune, il est fort, il a une Buick, un bon emploi sur un chantier naval, une fiancée à peine noire. Il pourrait être tranquille, heureux même, s’il acceptait de rester à sa place. Mais il veut être reconnu pour un homme comme les autres. Au premier incident qui l’oppose à une Blanche, on l’accuse de viol, il n’échappe au lynchage que pour être envoyé à la guerre : c’était en 1943."

En premier lieu, je ne comprendrai jamais la nullité générale de ceux qui pondent les quatrièmes de couverture. Quand ce n’est pas totalement incompréhensible, c’est, comme celui-ci, complètement stupide car il vous dit la fin du roman. Et bien que ce ne soit pas là un roman policier, il n’en demeure pas moins que le livre - après les premières pages hésitantes où il m’a fallu m’accoutumer à cette narration que je n’aime pas - vous tiens en haleine tout du long jusqu’à cette chute… totalement spoilée !
Bref.

Nous somme dans les pas de Bob, chef d’équipe dans une boîte industrielle qui voit, à la faveur de la guerre, se côtoyer ouvriers noires, blancs et ouvrières blanches car l’Amérique a besoin de main d’œuvre pour l’effort de guerre. Bob a été promu chef d’équipe des ouvriers noirs pour pouvoir mieux les "contrôler" et éviter les heurts inévitables. Bob est assez content de lui. Il est grand, plutôt bel homme, a du succès avec les femmes, a une belle voiture, et sort avec une jolie et intelligente quarteronne qui passerait – presque – pour une blanche. Mais voilà ; Bob vit en pleine ségrégation.
Chester Himes a une belle qualité d’écriture pour nous montrer les angoisses permanentes de cet homme qui a l’impression que sa vie peut basculer, à n’importe quel moment, au simple bon vouloir du moindre blanc qu’il croiserait. Bob est d’une agressivité refoulé folle. Il a des envies de meurtres permanentes, des envies de bastons (sur les blancs) ; une espèce de folie qui le pousse à anticiper ce qui, pour lui, est inévitable ; se faire ruiner sa vie par un blanc.

Bien que le livre soit, aussi, la chronique d’une vie d’homme qui cherche sa place dans une société traversée par la violence, que Bob soit confronté à des questionnements universels de lutte des classes – entre noirs qui "font" avec le système et s’en sortent, ceux qui gisent toujours dans les bas-fonds et lui qui refuse toute compromission – ; la question Noire est le sujet omniprésent. Et, le plus impressionnant, c’est quand Chester Himes met en scène la violence comme élément de libération, cette liberté née de la certitude qu’on peut, qu’on va, tuer un blanc. Eux nous tuent impunément, à partir du moment où je peux, vais, faire pareil ; nous sommes égaux. Ces questions traversent l’esprit de Bob en permanence et nous vivons ses révoltes, ses renoncements, ses lâchetés aussi.

C’est violent. Les mots, les postures, les situations. Pas un moment de répit. Quand je le compare au "Harlem quartet" de James Baldwin , ça renforce encore mon opinion "22 v’la le bisounours" que j’ai eu à la lecture de ce dernier. Même si le style plus conventionnel de Baldwin me plait mieux. L’écriture de Baldwin me parle et le propos de Himes me percute.
La narration de Chester Himes ; j’ai du mal. Autant j’aime, disons plutôt que je suis pris, par le fond, le propos, l’univers ; autant la forme, tout comme pour « La reine des pommes » (un de ses polars lu il y a quelques années) me laisse froid, au mieux, et m’agace même de temps à autre. Ce "parlé" qui se veut bas-fond du Harlem des années 40-60, dans « La reine des pommes » est moins présent dans ce « S’il braille, lâche-le... ». Ces dialogues à la Audiard, à mon sens, blackisé, harlémisé ; je n’avais pas marché. Et là encore, je ne peux m’empêcher d’éprouver un truc de « forcé » dans cette recherche de la truculence qui se veut "authentique".
On m’objectera que c’est une réalité du langage de l’environnement des personnages qui est retranscrite, mais, contrairement à un Iceberg Slim (« Trick baby », « P.I.M.P »), qui m’avait fait bander par l’oreille ( ! ) avec son parlé dur des bas-fonds du Chicago des années 40-60 ; Chester Himes n’arrive pas à m’emporter par son style, son écriture particulière.

cependant, malgré mes bémols sur le style, la narration dans laquelle j’ai eu du mal à entrer ; ce livre est vraiment l’incontournable dont j’avais, beaucoup, entendu parlé. Il démarre de façon lente et agaçante, mais il devient vite prenant et les propos sont d’une puissance sans égal. Par les temps qui courent aux USA, ces suprémacistes blancs que le monde semble (re)decouvrir, il est nécessaire de faire un retour vers le passé. chester Himes nous rappelle que, sur les blessures qui lézardent la nation américaine, la gangrène n’est jamais bien loin.


« S’il braille, lâche-le... »

Chester Himes

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