Les seules limites sont celles que nous nous imposons

Accueil > Mes lectures > « Vauxhall » - ou l’enfant du quartier

Jet d’encre

« Vauxhall » - ou l’enfant du quartier

Gabriel Gbadamosi

vendredi 27 novembre 2015, par Doszen

« La chasse à courre a ralenti à mesure qu’on s’éloignait peu à peu de la ville - la meute d’enfants qui léchaient leur glace, les plumes hérissées et les visages grimaçants, les cris « sale nègres ! Sale nègre », la peur des rires stridents, sonores, les voix qui s’égosillaient - tout cela s’est évanoui dans une sorte de silence assourdi alors que nous montions vers les nuages blancs qui se bousculaient dans le bleu du ciel de cet été interminable, et jusqu’à ce qu’on tourne à droite, au-delà du sommet de la colline. »

Gabriel Gbadamosi est un métis Nigéro-irlandais qui propose dans ce "Vauxhall" une autofiction, si ce n’est une autobiographie, sur le vécu de sa famille mixte au début (?) des années 80 dans un Londres où les communautés vivent côté à côté sans jamais se mélanger. Cette famille d’un père nigérian, étudiant qui a dû couper court à ses ambitions pour assumer son rôle de père, et cette fille d’irlandaise de bonne famille a atterri à Vauxhall, une banlieue dure, violente et divisée en communauté.

C’est là une histoire personnelle assez touchante. L’auteur se met dans la tête d’un enfant, le petit dernier d’une fratrie de 3 frères et une sœur, pour narrer son quotidien, le quotidien familiale. Le lecteur se met dans les pas du benjamin de la fratrie qui grandit entre misère, squatte et bagarre. Les thèmes sociaux abordés sont nombreux (notamment la question du "nom africain" qui est plus ou moins bien assumé par ces fils de la seconde génération de l’immigration) et chaque chapitre en aborde un distinct, ce qui donne à ce roman un aspect "recueils nouvelles" assez particulière.

La découverte, par un enfant, de la violence de son quartier, de la misère et surtout, la prise de conscience de la différence : sa mère est blanche, son père noir, il est donc différent des autres. La petite Busola, la sœur, est la particulièrement touchante dans sa difficulté à se situer.

Narration très touchante mais... le style est trop lourd, trop confus et j’ai eu un mal fou à accrocher au récit. Se mettre dans la tête d’un enfant est une vraie gageure, quasi réussi, et, justement, c’est là aussi le point faible de ce livre. L’enfant "voit" des choses sans toujours les comprendre, il est dans une espèce de brouillard permanent et le lecteur également. On fronce trop souvent le front pour essayer de comprendre de quoi le narrateur parle, pour essayer de faire les liens entre la vision de l’enfant et la réalité sociale.

« La chasse à courre a ralenti à mesure qu’on s’éloignait peu à peu de la ville - la meute d’enfants qui léchaient leur glace, les plumes hérissées et les visages grimaçants, les cris « sale nègres ! Sale nègre », la peur des rires stridents, sonores, les voix qui s’égosillaient - tout cela s’est évanoui dans une sorte de silence assourdi alors que nous montions vers les nuages blancs qui se bousculaient dans le bleu du ciel de cet été interminable, et jusqu’à ce qu’on tourne à droite, au-delà du sommet de la colline. »

Ce qui aurait pu être une belle fresque sociale donne un livre dont le style m’a vraiment rebuté. Pourtant le fond, la vie de cette famille mixte Nigéro-irlandaise vivant dans la difficulté de Vauxhall est très touchante.


"Vauxhall"

Gabriel Gbadamosi

Éditions Zoé

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.