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Le Comte de Bouderbala au théâtre "Le République"

Retour vers le futur

dimanche 10 juillet 2016, par Doszen

Retour vers le futur

Je reviens.
Je revis.

Après plus d’un mois à la mine, la tête dans le sac du capitalisme exploiteur qui vous submerge de boulot, vous broie le cerveau au point de ne plus être capable de lire la moindre ligne romanesque, de savourer le moindre élan théâtral, de jouir de la moindre note musicale ; j’ai hurlé ma joie quand, enfin, accompagné par les premiers degrés caniculaires de cet été qui n’a que trop tardé, j’ai apposé au bas de ma signature électronique : EN VACANCE !

Jouissance.
Dormance.
Bombance.
Danse.

Oui, tout ça m’attend. Mais avant cela, il me fallait faire exulter mes zygomatiques, étirer mes lèvres de sourires niais, exploser mes oreilles de mon propre fou-rire. Alors, j’ai billet-reducté comme un malade et, bingo, je suis tombé sur le spectacle du Comte de Bouderbala qui, comme une manne du ciel, se tenait samedi au théâtre Le république. C’était un signe. Employé harassé qui s’en va se libérer de son joug sur la Place de la République…
58 euros plus tard j’étais dans la salle, coincé entre une fraîcheur – la mienne de fraicheur – et le mur grisâtre, à l’extrême angle de la scène. Comme le dira le Comte, au speech de démarrage, j’ai passé presque toute la soirée le nez collé à son boule – qu’il a généreux d’ailleurs ! –, et, peut-être, que cela a influencé, très légèrement, ma perception, ma réception de ce spectacle, car…

Car, comment dire…

Je n’étais pas un puceau du Comte. J’avais déjà assisté à son spectacle, il y a 3 ou 4 ans, je ne sais plus, et j’avais passé une superbe soirée à me bidonner comme rarement. Il faut dire que, autant je suis très bon public, très facile à convaincre, avec le théâtre classique (en troupe ou en one-man-show), autant je suis difficile avec ceux du stand-up car, évidemment, c’est une partie de ma culture. Non seulement j’ai écumé les vidéos des Richard Pryor, Eddy Murphy et autre Dave Chappelle, mas, surtout, je suis de Talangaï. Ça ne vous dira rien mais, au Congo, la vanne, la moquerie, le chambrage, l’humour vache ; c’est notre raison de vivre, ça s’injecte par intraveineuse, c’est sanguinaire (eza ya makila) !
Bref, tout ça pour dire que l’humour façon Comte de Bouderbala, j’étais preneur, j’avais sur-kiffé, j’étais méga fan. Et là… patratas !

La chose la plus importante à retenir de cette soirée ? Le talent est toujours là. Ce type a un vrai talent de vanneur et de raconteur d’histoire drôle, il sait jouer de sa voix, de son physique ; il donne fort sur scène. Mais, sur ce spectacle, le talent n’était pas suffisant et, en plus, le Comte y a mis de l’arnaque.
En 3 ou 4 ans ce spectacle est quasiment le même. Les même feintes, les mêmes virgules, les mêmes passements de jambe. Ça ne serait même pas un problème s’il y avait eu, au moins, du boulot de fait. Je connais des pièces de théâtre qui ont tourné cinq ans en étant exactement les mêmes. On ne s’attend pas à une révolution quand on va voir "Notre Dame de Paris" pour la huitième fois. Mais comme je le disais plus haut, le stand-up ce n’est pas pareil. Le stand-up est le spectacle vivant par excellence, celui qui accompagne les gens, qui leur parle quel que soit leur temps. Les plus talentueux des comédiens arrivent à rester intemporels et ils recycleraient les mêmes blagues pendant 100 ans et l’on rigolerait toujours. Un Coluche, un Desproges, un Jan Miché Kankan, sont de cette trempe. D’autres ont choisi un humour qui colle à la réalité, qui est connoté temporellement, et ceux-là ont l’obligation de se renouveler très vite. Un Guy Bedos ne pourrait pas nous refaire un de ses sketchs du 20ème siècle, sur Bérégovoy, pour la raison évidente que personne ne comprendrait ces références. Pourtant, le Comte de Bouderbala nous a fait le coup.

Quand un comique, pourtant de talent, j’insiste, veut nous faire rire sur le thème de la représentativité des minorités à la télé en nous ressortant une vanne sur Magloire et Vincent MacDoom (!) ou qu’il nous refait du zouk en introduction du journal de Harry Roselmack sur TF1 ; on se dit que ce gars à 5 ans de retard sur son spectacle.
Pire. Se fendre la gueule sur les rappeurs, cette partie du spectacle m’avait fait – presque – me pisser sur moi tellement les propos me parlaient. Il parlait des groupes de ma génération, il se moquait de leurs limites. Mais en 2016, refaire un sketch sur le 113 (qui s’en souvient encore ?) ou sur le groupe Sniper (!?), au lieu de bosser et de trouver des pous (tellement visibles) aux Black M (certains de ses textes sont tellement cons !), aux Soprano (put… un rappeur avec l’accent marseillo-comorien, je ne peux pas !) ou autre Canardo (rien que son nom est une balgue mémorable) ; moi j’appelle ça du foutage de gueule.
Je ne reviendrai pas sur les torpilles aux séries françaises car, là encore, ça sent le manque de travail et le recyclage sans la moindre adaptation. Il y a tellement de séries françaises merdiques que l’on pourrait tailler, mais revenir sur Navarro dont seuls quelques trentenaires, et je suis gentil, se souviennent encore, plutôt que de tailler des Profilage (les flics du 36 devraient suicider les auteurs de cette série) ou un R.I.S (la NBC aurait stoppé leur équivalent "Porfiler" après qu’un des scénaristes soit tombé par hasard, en venant aux Césars à Cannes, sur TF1). Un minimum de travail de remise à jour des punchlines aurait dû être fait.

Ma première soirée théâtre de vacance m’a énervé (vous l’aurez compris), mais je me permets d’être un peu excessif sur le Comte de Bouderbala car j’aime ce type. Je vais attendre avec impatience son nouveau (hum… ?) spectacle annoncé pour septembre au théâtre du Gymnase. Pour tous ceux qui ne connaissent pas, déjà, le comédien, allez le découvrir au théâtre Le République. Pour les autres, faites comme moi, attendez septembre en croisant les doigts et en priant tous les dieux pour que le Comte de Bouderbala fasse honneur à son talent.


Le Comte de Bouderbala

par Sami Ameziane
Le République, Paris

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